Prospective

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PROSPECTIVE

Thema Consultants

Selon Ph. Baumard, « Prospective à l’usage du manager »,

Si la prospective est une évaluation de futurs possibles (image rationnelle), elle est aussi une conjecture de futurs préhensibles (image conjecturale) et une projection des futurs désirés (image mythologique). Mais elle n’est ni exclusivement l’une, ni exclusivement l’autre. Ceci a des implications importantes pour le manager et le stratège.



LE MYTHE, LA CONJECTURE ET LE REEL

1. LE MYTHE DETRUIT LE REEL

« En cette nuit tragique du 14 avril 1912, le Titanic fonce à 22 nœuds vers la glace. Présent dans la zone, le navire Californian utilise son équipement Marconi pour prévenir l’équipage du Titanic du danger. A ce moment-là, le commandant Edward Smith était dans sa cabine, et le navire était aux ordres du premier officier Murdoch. L’avertissement reçu du Californian fut ignoré. Le vaisseau était insubmersible : « je ne peux imaginer aucune condition qui pourrait causer le naufrage de nos navires. Je ne peux concevoir aucun désastre vital advenir à ce vaisseau. La construction navale a de très loin dépassé ce genre de préoccupation », avait déclaré le capitaine Edward Smith en 1906, après avoir traversé l’Atlantique sur le RMS Adriatic. Le naufrage du Titanic, qui fit près de 1500 morts, replongea le monde de la construction navale dans la réalité.

D’après Denis Smith « Exploring the myth : The sinking of the Titanic »

2. LE RATIONNEL TUE LE MYHTHE

« Au moment où j’écris ces lignes [vers 1890], une révolution radicale semble être sur le point de se produire dans l’éclairage de la voie publique de Paris : la substitution de la lumière électrique à celle du gaz. Sous mon administration, les essais de lumière, oxhydrique, magnésienne, électrique, même faits par des industriels, n’avaient aucune chance d’aboutir à un pareil résultat, mais aujourd’hui l’administration se montre disposée à le subir et je le regrette. En effet la lumière électrique, dont le ton blafard, lunaire et déplaisant, et dont l’éclat blesse ou fatigue la vue, émane de foyers intensifs, répartis forcément sur la voie publique à des distances beaucoup plus grandes que celle des becs de gaz multipliés, au contraire, sur des points aussi nombreux, aussi rapprochés que possible. Le système Edison cherche le progrès au rebours du système Lavoisier et, par ce motif, je ne saurais désirer son adoption. Je crois, du reste, qu’à part son inventeur, ses propagateurs et ses fabricants d’appareils, il n’aura d’adhérents, au bout d’un certain délai, que les oculistes et les opticiens.

Baron Haussmann, Mémoires, Cité par Bernard Cazes, dans Histoire des futurs

3. L’IMAGE CONJECTURALE TUE LE MYTHE

Le constructeur d’avions Voisin écrit en 1908 : « chose curieuse, au début de l’aviation, plusieurs constructeurs, en Amérique notamment, imaginèrent des triplans destinés à transporter six à douze voyageurs. Eh bien, l’intuition initiale s’est vérifiées contre les prévissions de ces innovateurs : leurs engins de vol en commun n’ont eu aucun succès. On plane à deux, mais rarement à trois et presque jamais à quatre. Chacun veut avoir en quelque sorte ses propres ailes. L’aviation est par excellence, au contraire de l’automobile, la locomotion de l’indépendance.

LES OBSTACLES A LA PERCEPTION DU REEL

Selon Ph. Baumard, « Prospective à l’usage des managers », Litec, 1996

1. La contrainte ou le sentiment de l’urgence 
Les organisations croient souvent faire face à un monde toujours plus turbulent, plus complexe, avec toujours plus de relations causales. En fait, c’est l’organisation elle-même qui se complique et met les acteurs sous pression.
2. La contrainte d’intendance
Les acteurs agissent selon les critères sur lesquels ils se sentent jugés et évitent de prendre des risques. Parmi ces risques : casser ce qui marche, l’intendance, et les recettes.
3. La contrainte institutionnalisée
L’histoire fabrique une multitude d’acteurs pour les tâches les plus simples, comme installer un réseau câblé de télévision. Les acteurs deviennent scrupuleux de l’attribution établie des rôles de chacun, ne serait-ce que pour éviter les conflits de rôles et ne pas bouleverser l’histoire partagée.
4. Des réalités non perçues
Le mensonge à soi-même (self-deception) ; les distorsions dans la prise en compte et l’attribution de sens ; les filtres perceptuels dans la prédiction et l’attribution de causalité.
5. Des réalités non comprises
La relation d’un stimulus à un schéma s’établit selon des principes d’analogie, de contiguïté, de causalité. Il est facile de placer des stimuli que l’on reçoit dans de mauvais schémas, par son histoire, la culture ambiante. Il y a autant de réalités que de schémas d’interprétations !
6. Des réalités construites
  • Les réalités que l’on croit transparentes peuvent être construites ;
  • Les explications les plus simples sont souvent à portée de main et le chercheur les ignore ;
  • Le contenant peut tromper sur le contenu ;
  • « on s’installe d’autant plus volontiers dans le leurre quand on ressent la soif » ;
7. Le syndrome des Syrtes
Le roman Le rivage des Syrtes raconte l’histoire d’un jeune homme envoyé comme observateur sur un rivage lointain et perdu, sans mission particulière, sinon de s’attacher à l’intendance de la petite tour d’observation. Plus le temps passe, plus les phénomènes les plus anodins prennent une épaisseur lourde et angoissante dans cet environnement isolé où les individus courent après le signifiant. Finalement, ils seront amenés à provoquer ce signifiant en organisant une petite expédition, pour aller voir de plus près, de l’autre côté de la rive, si la nation, jadis ennemie, n’est pas prête à se manifester. Ce faisant, ils communiquent un stimulus à la nation endormie qui est exactement ce qu’ils attendaient. En somme, le jeu de l’observation procède ici du miroir. Les uns bougent parce que les autres bougent. Les uns perçoivent une agression parce que les autres ont bougé. Et les deux nations se retrouvent à la veille d’une altercation, qu’aucune n’a réellement désirée, sans qu’aucune ne l’ait réellement rejetée…

L’ANTICIPATION

« La vie est mouvement, c’est pourquoi je bouge constamment mon corps, mon cerveau et mon âme. » - Dr Steven DEDIJER

Dans l’approche des événements, éviter de se mentir à soi-même, et toujours s’apprêter à envisager l’impossible et le contradictoire.